Intervenants
Thomas Grand : réalisateur ;
Vaiana Royer : Gérante de société de pêche et export ;
Présidente de la Fédération des Pêcheurs Professionnels FPPCPS
Cath. Sabinot : IRD Dynamiques socio-environnementales des littoraux
Matthieu Juncker : CPS Coordonateur Pêche côtière

Didier : Bonsoir Thomas ; votre documentaire est magnifique, mais implacable.
Que s ‘est il passé sur le terrain depuis le tournage du film ?

Thomas Depuis 2017-2018 il y a eu implantation de 2 usines de farine de poisson.
Les décisions ne vont pas dans l’intérêt de cette pêche artisanale. 52 licences sont en train d’être attribuées à des navires chinois; de plus la situation instable avec la pandémie a permis cette mise en œuvre de vente de licence et d’installation d’ usine de farine de poisson. Cependant il y a eu un début de mobilisation locale .

X : Reste t il du poisson ?

Thomas : Il reste du poisson mais le problème est de savoir pour qui il est réservé, le poisson étant exporté à travers des usines de congélation qui elles exportent à l’étranger.

La diminution des ressources, et des quantités péchées provient à la fois de comportements illégaux et des autorisations du gouvernement

En effet il y a dérégulation du secteur de la pêche. Le Sénégal et les emplois directs et indirects dépendent du poisson débarqué. Mais il existe des circuits traditionnels et il faut aller vers leur amélioration.

Mike  votre film est très bien. Pourquoi pas de poisson dans les pays alentours ? à cause du changement climatique ?

Thomas : Il existe des circuits traditionnels pour des pays qui n’ont pas de façade côtière.
Ces pays – Niger, Burkina Faso, – ont donc des circuits organisés depuis plus de 50 ans
Et les autres pays côtiers ont des façades maritimes plus dangereuses Le Sénégal est un grand pays de débarquement et de commerce du poisson. Il y a en effet des changements climatiques qui se répercutent aussi sur les quantités

Mike : les usines en place fonctionnent avec quelles sources d’énergie ?

Thomas : Beaucoup utilisent de l’ammoniaque. Ainsi on crée de la nourriture pour des poissons d’élevage (utilisation de 5 kg de poisson sauvage pour 1kg de poisson d’élevage  !)
les ressources sont alors moins chères pour les pays d’élevage, même avec le cout du fret

Christian : les problèmes évoqués par le documentaire sont ils d’actualité ici

Vaiana : merci pour ce film, je gère une société de pêche, je suis armateur et je fais aussi du colportage. Ainsi je vois tous les pêcheurs de Nouvelle Calédonie. Je pense à ce qui s’est passé sur une espèce d’holothurie. Suite à cela on a fédéré les pêcheurs et on a montré combien de personnes vivent de cela et comment cette pêche est importante dans leur vie traditionnelle
Comment ont fait les pêcheurs au Sénégal ?

Thomas c’est une question importante. La sardinelle dont on parle est importante. Si il y a une pression cela provoque un déséquilibre.
Les pêcheurs sont divisés sur cette question car les usines paient plus cher que les circuits traditionnels et peuvent acheter les stocks de poisson frais.
Ce sont surtout les gens qui transforment et font ce commerce qui sont en danger. Il y a des organisations de pêcheurs qui agissent à travers des publications, des actions citoyennes, pour montrer l’importance de démanteler ces usines. Il en est de même dans les pays voisins.

Vaiana Avez vous le problème des pêches illégales ?

Thomas : Oui, elle est pratiquée par les gros armateurs et comme il n’y a pas de moyen de surveillance suffisants ileurs bateaux pénètrent même dans les eaux réservées aux pêcheurs traditionnels.

Michèle dans le documentaire on voit que la pêche artisanale a atteint un grand niveau de concentration et que les gens viennent d’ailleurs.
Cette pêche est-elle soutenable dans la durée ?

Thomas il faut une réflexion sur la pêche. C’est important de ne pas changer ces circuits traditionnels de commerce mais il faut plutot analyser et résoudre es problèmes de sylviculture pour reconstituer le bois. Le poisson a besoin d’être produit par ces artisans Cela donne une sécurité alimentaire car avec la mer, la plage est un secteur où on peut gagner sa vie .
Donc on peut continuer à travailler avec un grand nombre de personnes .

Le vrai problème c’est que ces grands bateaux industriels en un jour ont la production des pêcheurs traditionnels en un an.

X : quel type de maillage pour les filets ?

Thomas : Correct pour les Filets de maillage traditionnels encerclant le poisson repéré par les pirogues. Mais pas le système avec filets en nylon qui produit une pollution de la mer quand il s’échoue. Mais le filet de maillage traditionnel attrape un poisson de taille suffisante.

Mais les usines sont prêtes à acheter tout type de poisson ; ainsi les industriels sont intéressés par les juvéniles pour la farine de poisson

Vaiana Aucune association pour vous soutenir, comme Pew ?

Thomas : Quelques associations opèrent ici.
Mais il faut laisser l’homme au centre de cette économie. il faut améliorer mais il ne faut pas lutter contre cette pêche nécessaire au bien être du pays

Monique : Félicitations pour le documentaire ; y a t il de la pollution avec ces usines

Thomas il y a une pollution côtière énorme par rapport au produit déversé localement par les industries au large de la Gambie (1er pays avec usine de farine de poisson )

Mike : quels types de contrat avec les pays qui viennent pêcher au Sénégal

Thomas : ce sont des licences de pêche. Celles ci sont négociées entre les industriels et le ministre des affaires maritimes et ensuite il y a des négociations pour la construction avec les maires les notables on ne sait pas comment c’est organisé

Lors de la projection à Anuru aboro il y avait été évoqué avec le public les usines de nickel et sa pollution. Le parallèle avait été fait.

Didier pourrais tu nous parler du projet SOS Yaboye

Thomas  : En wolof le nom de l’association ya pol signifie sardines.
Oon a identifié des acteurs dans tous les pays des zones dans lesquelles on travaille.
On cherche à mobiliser les travailleurs à travers la projection du documentaire et avec de larges panels de discussion. On peut exporter le poulpe non consommé au Sénégal dans d’autres pays mais la situation de pandémie nous a bloqués depuis 3 mois

D Un soutien à votre cause est il possible ?

Thomas on a obtenu le soutien de CCFD Terre Solidaire et Mundus maris une association de Belgique et notre message a été relayé par des associations de pêcheurs ou de femmes transformatrices.

Christian : Vous appuyez vous sur des études scientifiques ?

Thomas : On a commencé à impliquer des universités sur la transformation des produits halieutiques. Une économie verte est envisageable et il faut améliorer conditions de santé avec des conséquences moindres sur la santé des travailleurs. On sollicite cette recherche actuellement. La presse nous a suivi aussi un petit peu. On a essayé de toucher la FAO mais c’est plus difficile. On cherche à avoir une recherche menant à des actions sur ces problèmes

Alain : et des mobilisation collectives pour des ressources plus égalitaires ?

Thomas : les pêcheurs ne sont pas les plus sensibles : ils sont parfois pré financés par ces usines qui financent des moteurs des bateaux. Il faut des informations et voir l’impact des décisions qui sont prises. Il y a division car les gens voient ce qu’ils gagnent.

Didier : comment peut on agir ?


Thomas il faut consommer local et naturel et limiter la production de poissons d’élevage.

Michèle : est ce qu’il y a des industries de transformation du poisson en Nouvelle Calédonie ?

Matthieu : il y a une transformation en poisson fumé. On en trouve aussi dans le lagon. Il existe un processus de fumage. l’Adecal associe des partenaires privés de la CPS pour ajouter une valeur à ces produits. On fait de l’exportation sur Wallis.

Par contre on fait de l’importation de poisson du Vietnam, d’ Alaska.

On a cette habitude alimentaire : manger des poissons d’ailleurs

Sabine : j’ai aussi travaillé aussi au Sénégal par rapport à la filière
Vous mettez l’homme au centre, c’est très intéressant.
Il y a beaucoup de poissons qui sont pêchés et qui arrivent dans les assiettes par des réseaux différents déclarés ou non. C’est vraiment un point important. Il faudrait développer ces filières pour éviter les importations. Il y a un peu de poissons fumés mais ce n’est pas répandu en Afrique pour les exportations c’est les holothuries.

Ce qui m’inquiète pour l’Afrique c’est la pénurie de protéines si tout le poisson est transformé en poudre et en huile

Thomas Le poisson est plus cher qu’avant et plus raressur les marchés pour les pays voisins. C’est important de protéger ces espèces prioritaires

Jean Michel Quels sont les investisseurs de ces usines ?

Thomas ils sont chinois russes canadiens français. Autrefois les pays d’Amérique Latine étaient visées mais ils ont commencé à protéger leur côte ; du coup les investisseurs se sont tournés vers l Afrique : on risque de ne pas avoir de poisson du tout.

Catherine Y a t il des usines sur la façade ouest de l’Afrique ?

Thomas : on pêche au large du Maroc, en Mauritanie en Afrique Australe à Madagascar mais les plus gros investissements sont en Afrique de l’ouest

X une usine de poisson a été fermée par les locaux. Comment ont ils fait ?

Thomas : ce sont des mouvements locaux ce n’est que par rapport au tourisme les déchets sont déversés directement dans les rivières mais les gens ne se sont pas mobilisés contre les usines

Dans le nord, si et à Cayar aussi mais tant que l’état autorise ces implantations c’est difficile de mobiliser les gens

Colette j’aimerais en savoir plus sur la pêche en Nouvelle Calédonie

Laure Directrice de l’agence rurale
il existe un soutien aux filières Pêche et Aquaculture.

Ainsi il y a la pêche hauturière avec les bateaux au large (thon ). Il existe environ 17 navires en pêche hauturière, dont les prises sont à 70% de thon blanc.

Sur le thon blanc il y a une transformation primaire en morceaux qui vont dans les collectivités ou les congélateurs des grandes surfaces

Il y a aussi du poisson à l’export qui va être équilibré : les meilleures pièces partant au Japon mais il y a aussi de l’export à perte comme celui fait à Pago pago pour être mis en conserverie On a agi pour avoir une conservation en local car on exportait le poisson congelé et on importait les boites  de poisson! actuellement on ffabrique des boites

Il y a des projets de transformation pour les déchets (farine)

L’autre secteur c’est la pêche lagonaire. Il y a énormément de pêcheurs sur l’ensemble de la zone, des pêcheurs qui tiennent leur carnet c’est difficile à trouver.
On a eu quelques données mais beaucoup de pêche ne passe pas dans les circuits commerciaux (10000 tonnes autant que l’autre pêche )

Vaiana : Pour la pêche côtière, 80% viennent de la province nord et finissent sur les marchés de Nouméa. Il ne faut pas diaboliser les pêcheurs alors que le plus grand mal est fait par la plaisance : 40kg par jour et par sortie. C’est énorme, cette pêche fait plus que le professionnel qui finit difficilement ses fins de mois.
Il y a aussi de plus en plus de réserves qui cantonnent les pêcheurs dans les espaces restreints. On se bat sur ça et il n’y a pas de statut de pêcheur qui existe en Nouvelle Calédonie

Juste une dernière chose sur la pêche hauturière il n’y a pas de problème de ressource car c’est une pêche à longue ligne : un hameçon au km carré .

Vaiana Je peux témoigner au niveau de la mer de Corail
j’ai été la seule armatrice d’un bateau de pêche hauturier avec plongée en apnée pour pêcher de l’holothurie (pas d’appareil contrairement aux bateaux vietnamiens avec des compresseurs) Toutes les études des affaires maritimes ont bien montré qu’on respectait les tailles aux Chesterfield où nous pêchions et cependant on nous a enlevé notre licence de pêche on nous a retiré les fonds à travailler malgré notre protection et empêchant la filière de se développer par les pêcheurs en leur enlevant la possibilité de vendre des holothuries

Matthieu Pour la pêche hauturière et pêche vivrière on a mis en place un observatoire des pêches côtières en Nouvelle Calédonie. Les données sont nécessaires pour une bonne gestion. L’Observatoire grâce aux données va pouvoir avancer et je confirme 5/7 des pêches ne sont pas faites par des pêcheurs professionnels .

Par ailleurs il faut mettre en place une cogestion des ressources marines avec la Province Sud ou d’autres communautés afin de mettre en place mesures de gestion comme à Tahiti Wallis avec qui on échange. On encourage pour que cette gestion soit partagée

On s’aperçoit que le métier de pêcheur s’accompagne d’autres activités. Les pêcheurs professionnels en ont une autre à coté ; c’est un point important pour la province nord qu’il faut faire connaître aux élus pour le développement économique et social

Dans le monde il y a un enjeu de conservation et de préservation, tous les acteurs doivent être présents aux débats, pour la négociation ; il faut un processus de discussion

Par rapport au rôle des réserves il y a davantage d’espaces il n’y a pas que la zone protégée c’est pour maintenir les ressources marines il faut de la concertation et de la recherche

Dans les zones ou c’est difficile il y a des sentinelles pour les pêches illégales on a besoin d’articuler notre action avec les sentinelles dans la zone pour observer ce qui se passe on a des pêcheurs qui peuvent être un relais de ces observations

Il y a énormément de façons de pêcher au marché il est interdit d’avoir du poisson issu de chasse sous marine il y a la ligne avec appât filet

Rosa et la pêche au Vanuatu ?

X On pourrait y passer deux heures ; la différence c’est les licences vendues au Vanuatu il y a aussi toute la petite pêche par des petits pêcheurs sur les différentes endroits des petites iles éloignées

Christian : merci d’être restés jusqu’au bout, on n’a abordé qu’une toute partie du problème de la mer ; n’oublions pas que c’est un bien commun nécessitant une gestion démocratique

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